Fait en l'an de grâce 2009 sous la latitude 47°11'07'' N et la longitude 02°51'05'' W
Skipper: Jérôme Stuurman: Benoît Ballast: Etienne
Au fil de l'eau

Nous quittons Breskens au petit matin, juste avant le lever du soleil, et non sans avoir soigneusement préparé le bateau. Alors que je vérifie la tension des haubans, Benoît qui est un chouette copain me rappelle qu'Eric Tabarly avait démâté lors de sa toute première sortie en mer avec son Pen Duick. Je revérifie, et vérifie encore: ça à l'air d'aller. Le départ a été à tout le moins rock & roll. Je ne sais pas si Tabarly a fait aussi bien: à peine les amarres lâchées, le vent a fait tourner le bateau comme une toupie avant même que celui-ci ait quitté sa place. On aurait voulu réussir un coup pareil qu'on n'y serait pas arrivé! Qu'à cela ne tienne, au lieu de sortir en marche arrière, on sort en marche avant. Heureusement qu'on n'était pas un dimanche de juillet à midi quand même, question de dignité.

Nous sortons sous génois seul. Le vent d'Est est assez fort (5 beauforts) et nous propulse plein vent arrière vers Zeebruges où nous pensons faire une escale. La mer est plate, le soleil se lève: nous profitons de ce moment magique de tranquilité, intemporel et sublime. Grâce au petit GPS dont Solal est pourvu, nous réalisons que nous allons extrêmement vite. Jusqu'à 10 noeuds sur le fond! Tant et si bien que nous parvenons devant Zeebruges en moins de deux heures. Pas d'escale donc. A nous Ostende! Au passage des bouées de balisage, nous réalisons que c'est au courant que nous devons ce record de vitesse. Les bouées penchent très fort et des gerbes d'écume témoignent de la puissance du flot.


Le bateau est vraiment beau sous ses deux voiles! Et très stable, agréable à barrer. Par contre le vit de mulet (pièce qui fait la jonction entre la bôme et le mât) réparé par mes soins à Vilvorde a très mauvaise mine. Par sécurité, je le renforce à l'aide d'une sangle, mais ça n'améliore pas vraiment la situation. La photo ci-dessus me fait d'ailleurs rougir tellement ce bricolage était laid. Moralité, va falloir casser une nouvelle fois la tire-lire pour régler définitivement le problème. Re-manoeuvre et la voile est affalée.

Le froid commence peu à peu à se faire sentir et à fatiguer l'équipage. Nous sommes en mer depuis 4 heures avec un vent forcissant 6 beauforts: ça pique! Ben le concède: il a les dents du fond qui baignent, le pain au chocolat du matin ne passe pas. Bon, ce sera pour les cabillauds. On a vu pire. Les observateurs attentifs remarqueront sur la photo suivante les lunettes du malheureux: elles portent encore la marque de ce malencontreux petit déjeûner. Toujours faire attention au vent, on ne le répètera jamais assez.

