mercredi 25 mars 2009

Des algues et des crevettes


Par un beau samedi de mars, délicieusement printanier, Benoît et moi embarquons sur Solal pour quelques bords entre Ostende et Blankenberghe. Comme toujours lors de nos petits voyages côtiers en Belgique, les 10 misérables kilomètres qui séparent les deux villes nous semblent un océan à franchir, source intarissable d'aventures et fortunes diverses. C'est ça qui est magique avec le voilier: la mer éternelle plonge sans délai celui qui la parcourt au coeur du Vrai, de sa vérité tantôt douce et réconfortante, tantôt violente et sans pitié. Mais toujours parfaitement authentique. Que ce soit pour une heure ou pour quinze jours, quand on est sur l'eau, on est hors du temps et de l'espace.




Une petite brise ridant à peine l'eau nous pousse doucement vers le nord-est, par un route bien parallèle à la côte. Le mur d'immeubles, qui semble vouloir protéger les Polders d'un improbable tsunami, s'estompe peu à peu au fur et à mesure que nous prenons le large.




Je suis heureux de voir mon bateau enfin totalement toilé. Les vents rencontrés lors des précédentes sorties n'avaient pas permis d'envoyer toutes les voiles. Maintenant, ça y est: grand voile et génois offrent toute leur surface à un souffle léger mais soutenu et nous traçons notre route!









La grande nouveauté du jour, c'est la rutilante canne à pêche qui équipe désormais Solal. Ah! L'autarcie! Le bonheur de vivre de sa propre chasse, les daurades, bars et autres merlans défilant à toute allure dans le cockpit! La douce senteur des filets brunissant dans la poêle tandis que le bouchon du petit vin blanc fait "chpops"... Bon, on rêve là. On n'a rien eu d'autre que quelques crevettes et pas mal d'algues. Trop froid, trop chaud? Trop profond, trop en surface? Trop tôt ou trop tard? Nous en resterons à ces brûlantes interrogations.







Et puis, peu importe. Comme dit Benoît, ce qui est chouette avec la pêche, c'est de passer des heures à tout préparer. Monter la ligne, faire des noeuds, s'empaler les doigts sur les hameçons. Au-delà, ça devient un truc cruel et salissant... Les heures passent en toute discrétion, comme toujours à bord. Nous assistons à un beau coucher de soleil encore bien hivernal, tandis que Solal arrondit peu à peu sa route vers son port de destination.




Nous passons peu à peu vent arrière. L'occasion de remettre en service l'imposant tangon de 4m que je n'ai pas encore regardé de près. Un bon coup de WD40 (dans le top 5 des meilleurs amis du marin), et les dents sont dégrippées. Nous tangonnons donc le génois et offrons au vent les voiles en ciseaux. Le bateau ressemble à un grand oiseau...



Nous arrivons en vue de Blankenberghe à la nuit tombée. Après une approche en règle (carte, gps, jumelles et beaucoup de blabla), nous entrons dans le chenal. Au beau milieu, un énorme bateau encombre le passage. Le dragueur ne laisse qu'un petit couloir sur tribord, dans lequel nous nous engouffrons prudemment. Le port est en travaux, ce qui le prive définitivement de tout charme (pourvu qu'il en ait eu un jour)... Le petit chauffage et une bonne bière nous remettent à flot.



Le lendemain, après un petit déjeûner (trop) copieux, et après avoir appris que "carré de confiture" ne se dit pas "vierkant met confituur" mais bien "carré de confiture" (en roulant les "r"), nous prenons la mer en direction d'Ostende, en espérant que la pêche sera meilleure que la veille. Arrivé dans le chenal, nous réalisons que le port est quand même drôlement bien abrité du vent... Les vagues sont costaudes et le vent souffle à 5 - 6 Beaufort. Bon, cirés, gilets, harnais et nous voilà cinglant vers Ostende où nous parvenons en quatre heures, après une matinée partagée entre sieste et veille. Le pilote automatique remis en service depuis peu fait merveille.



De retour au RYCO où Solal a désormais sa place, nous travaillons énergiquement. Entre autre choses, la cuisinière est enfin montée sur son cardan. Une petite visite aussi en tête de mât, afin de voir que tout va bien...






Et tout va vraiment bien!



2 commentaires:

  1. Cher capitaine, peut-être cette image vous inspirera-t-elle?

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1e/20000_Nemo_organ.jpg/414px-20000_Nemo_organ.jpg

    A moins que ce ne soit plutôt ceci qui retienne votre attention?

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bb/Hydraulis.jpg/437px-Hydraulis.jpg

    A moins que ce ne soit justement la conversation des algues et des crevettes qui vous captive?

    L'organiste du bout du monde

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  2. Super le blog avec la relation de tous ces petits voyages. Belle réussite de pouvoir réaliser un rêve... avoir son voilier.

    Pour avoir des détails de vos sorties... maritimes, je garde le lien !!!

    Quelle collaboration, Benoit aux photos, Jérôme à la rédaction.
    A bientôt
    Monique

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